Rayon de Lune

Rayon de Lune

Bronius

 

 

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État : Épuisé.

 

Prix histoire de roman 2011

 

Recommandé par  dans son émission rêves et cris n°6  (compte noco nécessaire).

 

 

Quatrième de couverture :
Bah-lor ou Balor était dans la tradition celte un dieu de la mort doté d'un seul œil. Il fallait quatre serviteurs pour en soulever la paupière et lorsqu'il était ouvert, il tuait quiconque le regardait, aussi Balor le gardait-il le plus souvent fermé. Ainsi Balor marchait-il dans la nuit.
Bronius connaissait pourtant la légende lorsqu'il acheta  Bah-lor… mais dans ce monde en guerre où Drukhs et Arvennes se déchirent pour la conquête d'un territoire, pourquoi se serait-il méfié d'un si jeune esclave ?

 

Cycle :
Les chroniques arvennes T. 01

 

I.S.B.N. : 978-2-9523055-2-5

 

Format : 15x24

 

Nombre de pages : 210

 

Prix : 17 €

 

L'illustration :
Sébastien Sanchez, comme à son habitude nous livre un vrai chef d'oeuvre.

 

La genèse du roman :
Encore une histoire qui date du siècle dernier, de 1989 pour être précis. A sa source la volonté d'avoir un personnage principal qui ne soit pas "héroïque". Dans un monde en guerre, il cultive l'art de passer entre les gouttes. Dommage que l'orage soit si violent... 
Le premier chapitre de l'ouvrage est disponible au bas de cette page.

 

L'auteur :
Fan de Jeux de rôle, de grandeurs nature, de manga, de fantasy sous toutes ses formes et de science fiction, le tout sur fond de musique metal, Phœbé a su intégrer toutes ces influence pour créer un univers unique, riche en rencontres improbables d'êtres et de genres.

 

Vos critiques :

** Je voulais te faire savoir que j'adore ce que je lis, maintenant au calme, depuis quelques jours, je me régale. J'attends à chaque fin de phrase un rebondissement, signe de mon plaisir ;) La dame de Pique.
** Une fois n'est pas coutume, le principal protagoniste de cette histoire n'est pas un héros mais un homme (quasi) ordinaire. Prenant place dans un univers d'heroic-fantasy, ce pauvre homme se retrouve piégé au cœur d'une guerre sanglante et pivot de l'Histoire tout en servant manifestement de souffre-douleur à l'auteur. Cette approche atypique (et un peu jouissive il faut bien le reconnaître) apporte une fraîcheur bienvenue et un intérêt accru à un genre (re)devenu à la mode. Plein de petites originalités et d'une écriture fluide, ce livre se laissera aisément dévorer et permettra au lecteur de passer un agréable moment ; que demander de plus ? Est-il nécessaire de préciser que j'ai apprécié ? Cyril.

 

** Coucou, Voilà un moment que je voulais t'envoyer un message pour te dire que j'avais lu Brionnus et Bah-lor. C'était super, j'ai beaucoup aimé. Tu vois en fait j'ai préféré même ces deux livres à Viking. Dommage ils étaient tout petit à lire, j'aurais bien plongé dans un 3e volume. Tu prévois une nouvelle histoire avec les jumeaux ? Bises Steph

 

**Chronique par Maud Kitsune G. : L'original de l'article ici

 

 

  Livre reçu à l'occasion du salon Zone Franche 2011, durant lequel Histoires de Romans avait exposé, je remercie chaleureusement l'auteur de m'avoir permise de découvrir cet incroyable roman de Fantasy mythique à la limite de la Fantasy historique.

    Le style d'écriture est fluide, agréable, travaillé avec simplicité et beaucoup de justesse. La dynamique est parfaitement maîtrisée, malgré quelques rares maladresses qui passent rapidement inaperçues, et s'harmonise avec un rythme qui sait s'adapter aux différentes scènes du roman. Finalement, ce livre montre très peu de problèmes, mais la qualité de l'écriture est telle que les rares défauts peuvent sauter aux yeux du lecteur comme des énormités, comme un mot de vocabulaire mal choisi ou une prise de parole peu judicieuse. Les dialogues sont globalement efficaces, mais je reste particulièrement déçue par la mise en forme théâtrale des échanges par langage de signes - pas du tout appropriée au roman - qui laisse un arrière goût de discussions instantanées informatiques.

   Venons-en maintenant à l'histoire. L'auteur met en place un univers bien développé s'inspirant étroitement de la période gallo-romaine avec les Arvennes, en référence au plus puissant peuple gaulois, les Arvernes, qui s'opposa à l'Empire Romain, sensiblement représenté ici par les Drukhs. Si le décor est posé avec assez de neutralité pour convenir à l'imagination de n'importe quel lecteur, il est tout de même décrit avec efficacité pour permettre à l'environnement et à l'ambiance de vivre avec l'histoire et les personnages. Les protagonistes tous très différents, sont attachants et développés, tant physiquement que psychologiquement, avec beaucoup de soin, donnant une impression de réalisme qui ne laisse pas le lecteur indifférent. Mais chose très intéressante, le personnage principal - esclave sexuel, faible, peureux et soumis - est vraiment à l'opposé de l'image que l'on peut se faire d'un héros et se retrouve à être, tel un personnage de tragédie, victime de son destin. De plus, l'intrigue est mise en place avec une progression parfaitement minutée pour rendre le récit de plus en plus prenant à travers un excellent mélange d'action, d’humour et de moments forts.

     Je conclue donc cette chronique par un grand Bravo pour l'auteur qui a su écrire une histoire passionnante et écrite avec talent. Et c'est avec beaucoup d'enthousiasme que je recommande ce livre à tous.

 

Photo
incontournable

 

 

 

 

Ce qu'en pense le magazine Keltia, spécialiste du monde Celte :

 

Article paru dans le numéro 21.

 

L'année 2012 commence bien puisque le site de critiques "Histoire de Romans" décerne son prix littéraire à Bronius !

 

 

 


Chapitre I – Capture.

 

 

   L’Arvenne vit arriver l’épée beaucoup trop tard. Il sentit le métal froid lui déchirer le flanc. Blessé et surtout furieux de sa propre négligence, il riposta d’un revers puissant qui arracha la tête de son adversaire plus qu’il ne la coupa. Il recula d’un pas afin de reprendre son souffle et d’estimer l’évolution de la bataille autour de lui. Des vingt-trois hommes qui l’accompagnaient ce matin, il n’en restait que cinq en état de se battre. Un blessé avait reculé et lui-même ne valait plus grand-chose avec ses côtes à découvert. En face, les Drukhs, dans leurs beaux uniformes de cuir décoré de feuilles d’or, se comptaient encore par dizaines. La mort dans l’âme, l’Arvenne ordonna la retraite. À peine le cri franchissait-il ses lèvres que le combat cessait. Ses hommes disparurent dans les épaisses frondaisons. À son tour, il s’éclipsa en toute discrétion. Jamais les Drukhs ne parviendraient à les suivre.

 

 

   Bah-lor était un garçon jeune et plein de vie mais aussi délicat qu’une fille. Et s’il suivait l’armée drukhse en campagne, ce n’était certes pas comme soldat mais bel et bien parce que le ruir Bronius en avait fait son amant. Ce rôle ne l’enchantait guère, cependant il en appréciait les avantages : il mangeait à sa faim, dormait au chaud et portait des vêtements neufs et à sa taille, ce qui n’était pas le cas de sa famille, des paysans miséreux vivant dans une lointaine province de l’Empire. Ses parents et ses frères plus âgés s’épuisaient sur une terre quasi stérile pour en arracher leur subsistance, ses sœurs trimaient chez quelque seigneur des environs guère plus riche qu’eux, sauf une qui avait décidé d’abandonner les siens pour vendre son corps dans une ville et jouissait d’une certaine aisance financière. Bah-lor, lui, avait été acheté par Bronius quelques années auparavant et ne se plaignait pas du confort de sa vie d’esclave ; il laissait aux autres la liberté de mourir de faim.

   Vêtu d’une chaude chemise sous sa courte tunique d’esclave noir et argent, les couleurs de son maître, Bah-lor avait pris l’habitude de parer son cou, ses bras et ses chevilles de bijoux d’or et de pierreries, présents du Ruir. Si ses cheveux plus noirs qu’une nuit sans lune battaient ses reins, c’était parce que son maître les préférait longs. De même, Bronius appréciant les peaux douces et blanches, l’esclave prenait des bains chaque matin et se parfumait chaque soir. Parfois, il se maquillait et nombreux furent les soldats à lui faire des avances avant de découvrir à quel sexe il appartenait.

   Quand l’armée s’élançait sur l’ennemi, Bronius à sa tête sur son magnifique étalon blanc, Bah-lor, à pied, la suivait de loin et, d’un promontoire ou du toit d’une roulotte, dévorait de ses yeux sombres les scènes d’une violence inouïe qui se déroulaient à ses pieds. Il regardait les guerriers arvennes, musculeux sous leurs peaux de bêtes crasseuses, abattre leurs haches énormes à double tranchant sur les boucliers de bois drukhs, déchiqueter leurs ennemis de longues épées aux formes insolites. Les crânes éclataient sous les coups formidables de masses d’armes. Cervelles et tripes se mêlaient au sang et à la terre pour couler en une boue immonde dans la plaine dévastée.

  Si, jusqu’à présent, les Drukhs étaient toujours sortis vainqueurs de ces sauvages engagements, ils ne le devaient qu’à la faiblesse numérique de leurs adversaires.

   Depuis plusieurs années, le grand chef des armées, Irtus, épuisait ses forces à la conquête de ce grand pays. Les rares villages de huttes à moitié enfouies dans la terre rencontrés par son armée étaient déserts d’hommes et de bêtes et les champs, abandonnés. Les aborigènes, farouches guerriers préférant n’importe quelle mort plutôt qu’une vie de vaincus, se fondaient dans l’immense forêt, disparaissaient tels des fantômes à l’approche des envahisseurs. Ils faisaient corps avec le paysage. Nul ne connaissait leurs chefs, s’ils en avaient. Ils étaient partout. On les sentait derrière chaque arbre, chaque buisson. Le vent semblait leur servir d’espion. Les ruisseaux leur parlaient. On les soupçonnait d’être un peu sorciers. Ils surgissaient soudain là où on les attendait le moins. Ils frappaient fort, mourraient ou s’évanouissaient dans les obscures profondeurs de la forêt. Jamais une femme, jamais un enfant n’apparaissait. Et les guerriers ne se montraient que pour tuer.

   Lorsqu’il se retrouvait seul, Bah-lor rêvait d’eux. Il avait peur d’eux. Pour lui, pour le petit paysan de quatorze ans, ils étaient des sortes de dieux vengeurs et tout-puissants. Le soir, lorsque Bronius l’aimait, l’esclave pensait à eux. Derrière ses paupières closes, il les revoyait fiers et courageux au cœur de la bataille, avec leurs cheveux longs, leurs barbes nattées et leurs armes monstrueuses.

    ― Je pars demain, lui murmura Bronius en caressant son corps nu.

   Dehors, la pluie n’en finissait pas de tomber. Elle tambourinait sur la toile de tente que des braseros réchauffaient. Allongé sur des fourrures de prix disposées sur un plancher rehaussé, le Ruir regardait son esclave avec un appétit non dissimulé : Bah-lor était si jeune, si beau avec son visage de fille, ses membres gracieux et déliés, ses épais cheveux noirs et ses grands yeux semblables à deux puits sans fonds. Une douce langueur se dégageait de son être délicatement parfumé. Nu, il ne portait qu’un fin bracelet d’or à la cheville.

   ― Pourquoi demain, Seigneur ? demanda-t-il d’une douce voix basse et profonde.

   Lui aussi examinait son maître, un soldat de haut grade et de noble ascendance. De nombreuses cicatrices attestaient des rudes combats menés par ce dernier. La dure vie des camps avait taillé son corps massif à coups de hache. Des muscles épais roulaient sous sa peau tannée. Son visage rasé de près n’avait rien d’agréable, sans doute à cause de l’œil qui lui manquait et du nez, tordu lors d’un engagement contre les Aukeks aujourd’hui soumis à la toute-puissance de l’Empire. La couleur de l’autre œil hésitait entre marron et rouge. Une couleur commune chez les Drukhs. Ses cheveux blanchis par les soucis plus que par l’âge étaient coupés au bol pour mieux porter le casque de bronze à protection nasale.

   ― Il pleut depuis deux jours, reprit Bah-lor, et les Arvennes ne sortiront pas par un tel temps.

   ― Justement, nous devons en profiter pour avancer, répondit le Ruir. Notre Rech-Cath veut que nous achevions cette conquête qui n’a que trop duré.

   ― Et moi ? Que vais-je devenir quand vous serez loin d’ici pour vous battre et installer un nouveau camp pour vos hommes ?

   ― Tu restes ici pour le moment. Je te ferai venir dès que possible.

   Bah-lor lui sourit. Il jeta un coup d’œil à leur environnement.

   ― J’aime bien ce décor mais notre chariot est plus confortable. Si nous rentrions ?

   De sa main rendue calleuse à force de manier l’épée, le Ruir caressa la cuisse fuselée de son amant.

   ― Plus tard.

   Il se pencha et l’embrassa.

 

 

   Bah-lor se réveilla en sursaut. Il était seul cette nuit dans le chariot du ruir Bronius et il tremblait de peur toujours sous le choc de son cauchemar.

   Il tendit l’oreille.

   Du camp, tout autour de lui, lui parvenaient de rassurants bruits familiers. Les sentinelles effectuaient leur ronde. Un homme ronflait, non loin. Sans doute le ruir Arius, bien connu dans l’armée pour ce genre d’exploits. D’autant plus que les chariots des Ruirs se trouvaient les uns à côté des autres et à l’écart des tentes des simples soldats.

   Bah-lor se rallongea. Pour la troisième fois depuis son arrivée dans cette immense forêt, il faisait ce même cauchemar ; d’énormes loups, plus noirs que la nuit sous le couvert des arbres géants, le traquaient. Il courait, incapable de rejoindre l’armée et sa protection. Une racine traîtresse se glissait sous ses pieds. Il trébuchait et les loups se jetaient sur lui pour le tailler en pièces.

   En général, il se réveillait à ce moment précis. Il sentait leur haleine dans la roulotte et, dans ses chairs, le souvenir de leurs crocs effroyables.

   Il frissonna.

   Il remonta les couvertures et ferma les yeux. Bien résolu à se rendormir… jusqu’au prochain cauchemar.

 

 

   Bah-lor avait mal aux reins. Il n’était pas habitué à monter à cheval. Il n’était parti que depuis deux jours, avec une forte escorte pour rejoindre Bronius sur les bords du fleuve Isho où se dressait le nouveau camp, et cela après une séparation de plusieurs semaines. Deux jours en selle et il souffrait déjà du pas rude et irrégulier de sa jument mal à l’aise dans les chemins forestiers à peine tracés. Il se leva sur ses étriers pour se soulager mais, trouvant cette position encore moins confortable que la précédente, il se laissa retomber en poussant un soupir à fendre l’âme. Ses compagnons de route lui lancèrent des regards méprisants qu’il ignora. Malgré la protection de longues braies de couleurs vives, le frottement de la selle lui irritait les cuisses. Ses yeux, las de percer les ténèbres du sous-bois, le piquaient douloureusement et il les frotta de ses mains manucurées, pour en chasser la poussière.

   Un brusque hurlement fit cabrer sa monture qui le jeta à terre. Autour de lui, les soldats maîtrisaient leurs bêtes affolées et brandissaient leurs glaives de bronze pour refouler les barbares qui les assaillaient. Les frêles boucliers de bois et les plastrons de cuir ne pouvaient rien contre les haches d’acier maniées avec habileté. Les soldats se débarrassèrent des protections encombrantes. Usant de leurs chevaux comme arme principale, ils repoussèrent les attaquants à grands coups d’épées courtes.

   Pétrifié, Bah-lor assistait à la bataille. Il avait déjà vu des combats plus meurtriers mais de loin et à l’abri. Se retrouver au cœur de la tourmente l’effrayait. Il sentit son pantalon se mouiller sous lui. Il hurla lorsqu’une tête drukhse figée dans un masque d’horreur roula jusqu’à lui. Éclaboussé de sang, assourdi par le vacarme des lames d’acier contre les lames de bronze, il se redressa comme monté sur ressort et s’enfuit dans la forêt à la recherche d’un refuge quelconque.

Bientôt le tonnerre d’un galop trahit la présence d’un poursuivant. Il s’arrêta, tremblant de peur. Malgré le chaos de la panique, son esprit lui cria que les Arvennes ne possédaient pas de chevaux, donc celui qui arrivait ne pouvait porter qu’un ami, un allié du moins.

   Immobile, parcouru de longs frissons, il vit un étalon bai foncer sur lui. Sur son dos, il distingua un grand guerrier blond coiffé d’un casque à cornes et il comprit son erreur. Un barbare avait volé un cheval pour rattraper le fuyard et, dans un instant, il allait l’abattre d’un formidable coup de hache.

   Bah-lor vit l’acier miroiter. Au comble de la terreur, il s’effondra, inconscient.

 

 



08/07/2010
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