Rayon de Lune

Rayon de Lune

Traqueur

État : Rédaction encours.

 

Quatrième de couverture : 

Bâtard démoniaque, Yggmesh le traqueur chasse et tue toutes les créatures qui  se tapissent dans l'ombre et se repaissent de l'humanité.

Sa rencontre avec son demi-frère, fils du même suppôt du Mal, va l'entraîner dans la plus grande quête de son existence... 

 

Cycle : Aucun.

 

I.S.B.N. :

Format : doc

Nombre de pages : 55 A4

Prix :

Où se le procurer : Il transite d'un bout à l'autre de la Méditerranée. Chopé le au vol ! 

 

L'illustration : Si vous disposez de talents de dessinateur, votre travail d'illustration de ce roman sera (peu) rétribué mais rétribué tout de même !

 

Les auteurs :
Kyoko et Phœbé cherchent à concilier leurs idées.


La genèse du roman :

ça te dirait un quatre mains ? Oui ? ça tombe bien , j'ai une trame qui traîne au fond d'un tiroir.

Chapitre 1 : Gobacyds

En collaboration avec Kyoko Sam. D'autres textes d'elle sur son site ici.  
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 L’homme chassait seul.

  Qu’il fut guerrier, sa mise et l’impressionnante quantité d’armes en sa possession ne laissaient pas de place au doute. À ses pieds, d’épaisses bottes en peau de dragon renforcées des écailles de leur premier propriétaire et ornées de plaques de métal sur les pointes, les talons et les tibias. Sur ses cuisses, un pantalon de cuir souple. Sur son dos une chemise de lin, ni trop ample ni trop serrée, et un gilet doublé de mouton pour lutter contre les nuits les plus fraîches. Barrant son torse et ses hanches, deux ceintures pour porter épées et poignards alors que son arc, son marteau, sa hache et son bouclier demeuraient sur sa selle, posée en cet instant près de lui afin de servir d’accoudoir et, surtout, de demeurer à portée de main en cas de besoin. Sur ses épaules, une cape brune sombre rendue grise par la poussière de son voyage et ornée d’une capuche rabattue sur sa tête.

   Pour se battre sans gêne, il nattait ses cheveux bruns mi-longs et, par temps froid, des bracelets de force empêchaient ses manches de glisser. Un nez droit légèrement pincé surmontant des lèvres fines et expressives, pour l’instant marquées d’amertume et de fatigue et, malgré tout, d’une pointe de satisfaction, complétait son apparence. Sous sa frange un rien trop longue brillaient des yeux jaunes du plus mauvais effet mais la nature a parfois de ces farces idiotes qu’à ce visage si parfait et si beau, elle avait infligé ce défaut qui, de plus, révélait la véritable nature de cet être et faisait remonter à quiconque osait les fixer un frisson le long de la colonne vertébrale, l’irrépressible frisson né d’une terreur ancestrale.

   Assis en tailleur devant un généreux feu de camp qui chassait les ténèbres environnantes, il achevait un saucisson à grands coups de couteau gourmands. Bien sûr, la lumière allait attirer les prédateurs nocturnes mais il ne craignait rien au centre du cercle de glyphes magiques qu’il avait tracé autour de lui et de son cheval de guerre, un énorme étalon noir qui broutait paisiblement les touffes d’herbe et les bourgeons, sa longe nouée autour d’un petit arbre au tronc souple. Aucune bête naturelle n’oserait franchir le périmètre car il sentait bien trop la magie et elles n’aimaient pas ça. Quant aux autres créatures, elles testeraient sans doute les défenses avant de repartir dépitées, furieuses ou impressionnées, car il en faudrait une d’une rare puissance pour les ébrécher. Or, aux dernières nouvelles, aucune de cet acabit ne rôdait dans la région.

   Assuré par l’efficacité de son abri, Yggmesh avala la dernière rondelle de charcuterie, regrettant qu’il n’en restât pas plus dans ses fontes.  Il rangea alors son canif et s’étira longuement avant de s’installer pour la nuit. Il s’enroula au mieux dans sa cape, au plus près du foyer sans pour autant courir le risque de se brûler. Durant toute la journée, l’ennui avait assommé le guerrier en mission. Depuis deux jours déjà, il tournait en ronds concentriques autour du village l’ayant embauché pour le débarrasser des gobacyds. Ces vicieux petits monstres attaquaient les paysans du coin, pillaient leurs réserves et se goinfraient de leurs troupeaux. Cousins des gobelins, leurs physionomies s’en rapprochaient. Ils arboraient un visage aplati à la peau entre marron et orange. Sous un nez épaté, une bouche lippue, capable de s’ouvrir d’une oreille pointue à l’autre, découvrait de petits crocs acérés et deux belles défenses recourbées qui leur chatouillaient les pommettes. Un front fuyant, planté de rares poils en guise de chevelure, des yeux globuleux et jaunâtres à la pupille noire verticale, complétaient ces faces repoussantes. Vermines peu dangereuses, ces malfaisants hominidés n’auraient guère constitué une menace sans leur dérangeante capacité de cracher un acide si puissant qu’il rongeait les métaux et même le verre ! Plus prolifiques que les lapins, ils épuisaient rapidement les ressources de leur environnement aussi leur communauté s’éparpillait-elle dès que la nourriture se raréfiait. Ils constituaient des groupes d’exploration et de chasse, voire de colonisation, qui choisissaient toujours les proies les plus faibles : paysans, bergers isolés, enfants égarés… Ils s’en prenaient volontiers aux troupeaux, si les chiens ne se montraient pas trop agressifs ou nombreux. En revanche, à dix contre un, ils acceptaient d’attaquer un humain armé. Un, pas deux.

   Yggmesh les cherchait depuis plusieurs jours et il commençait à perdre patience. Il allait seul afin de ne pas les effrayer, à la fois chasseur et appât. Après tout, s’il voulait les tuer, il lui fallait les approcher et non les faire fuir. Il voyageait tout le jour durant mais lorsqu’il sentait venir le crépuscule, il devait bien se résigner à faire halte, convaincu d’avoir perdu un temps précieux dans cette forêt à moitié sauvage alors que, peut-être, les monstres attaquaient en cet instant-même une grange à l’autre bout du village.

   La journée suivante se révéla aussi infructueuse que la veille et Yggmesh commençait même à se demander si les gobacyds n’avaient pas tout simplement quitté la région. Le soleil touchant l’horizon, il songeait à chercher un coin accueillant pour dresser son bivouac lorsqu’il aperçut au loin une lueur orangée à travers les fourrés denses du sous-bois. Prudent, il abandonna son cheval trop bruyant et opta pour une avancée silencieuse car il ignorait sur qui ou quoi il allait tomber. S’il découvrait des voyageurs, il ferait demi-tour aussi discrètement que possible. Toutefois, si la chance décidait enfin de se joindre à sa quête, il pourrait bien s’agir de ses proies ; leur tomber dessus en profitant de l’effet de surprise lui permettrait d’en tuer le plus grand nombre avant qu’ils fuient.

   Il ôta sa cape afin d’atteindre plus commodément ses armes. Il récupéra le bois souple de son arc dans son carquois, le coinça sous une épaisse racine, le plia et le banda dans le même mouvement rapide né de l’habitude puis le passa en bandoulière. Il vérifia le tranchant de ses lames avant de reprendre sa lente progression à croupetons dans les fourrés jusqu’à parvenir à l’orée d’une petite clairière. Au centre de cette dernière, un foyer brûlait haut vers le ciel, lançant des flammèches jusqu’aux premières feuilles. Tout autour, il distingua des ombres se mouvant dans la pénombre. Courtaudes et trapues, elles n’appartenaient certainement pas à des humains.

   L’oreille aux aguets, il contourna un hallier trop épineux à son goût pour se risquer à passer à travers. Il se posta dans une trouée avec une vue dégagée sur le camp : une demi-douzaine de gobacyds s’installait pour passer la nuit. Engendrés par une civilisation bien trop primitive, ils ne possédaient ni l’intelligence, ni la dextérité nécessaire pour développer un artisanat ou fabriquer leurs outils et leurs armes, aussi dépouillaient-ils les cadavres de leurs victimes. Ils s’habillaient de bric et de broc, de vêtements et de pièces d’armures disparates provenant aussi bien des elfes que des humains ou des nains. Leurs armes vieilles et ébréchées provenaient d’un peu partout sur le continent et se transmettaient probablement de génération en génération. Ils ne les affutaient ni ne les nettoyaient jamais attendant qu’elles tombassent en poussière pour en chaparder d’autres.

   Yggmesh analysa la situation : leurs armes pendouillaient mollement à leurs hanches, aucune sentinelle en vue, les petites créatures ne semblaient pas sur leur garde.

    Parfait pour lui !

   Pas à pas, veillant à ne poser le pied sur aucune brindille ou feuille morte capable de trahir sa présence, le chasseur se faufila jusqu’à la limite du halo lumineux. Immobile, se fondant parfaitement dans le décor, il dégagea son arc. Il s’empara de trois flèches, en planta deux dans l’humus pour les saisir plus rapidement, encocha la dernière et visa avec soin, calculant déjà le trajet de sa seconde attaque.

   Les trois projectiles partirent presque simultanément. L’un traversa de part en part la gorge d’un monstre. Le second se planta dans un plastron de cuir bouilli, le perça et perfora le cœur dessous. La dernière rata sa cible d’une bonne largeur de main comme elle fuyait à toutes jambes. Yggmesh bondit dans la clairière, l’épée au clair. Il frappa la créature la plus proche, la décapitant proprement d’un revers. La suivante lui donna plus de fil à retordre car elle courait vite. Un grand coup dans le dos lui sectionna la moelle épinière et elle tomba, face contre terre.

   Et de quatre !

   Malheureusement les derniers gobacyds avaient fui trop rapidement, même pour un archer aussi émérite qu’Yggmesh. La forêt les dissimulait déjà à son regard, il se lança néanmoins à leur poursuite. Alors qu’il passait en trombe sous une branche, une cuisante brûlure lui arracha un cri. Il se retourna et leva immédiatement le bras pour se protéger d’une autre projection d’acide. Son bracelet fuma, crépita et cloqua mais le sortilège qui le protégeait empêcha l’acide de le détruire. Il esquiva le troisième tir de justesse et riposta en frappant l’arbre à l’aveuglette, protégeant ses yeux contre une nouvelle attaque. Le choc fut si violent sur le tronc peu épais qu’il délogea le monstre. Ce dernier dégringola à terre en couinant. Yggmesh lui enfonça alors immédiatement sa lame dans le torse, sans remord ni hésitation. Il l’acheva d’un quart de tour et récupéra sa lame qu’il essuya par réflexe sur la tunique de sa victime.

   Il n’en manquait plus qu’un à son tableau de chasse.

   Ses yeux fouillèrent le sol couvert de divers débris végétaux. Il y voyait comme en plein jour. Normal pour un être des ténèbres. Il repéra immédiatement un champignon au chapeau arraché, une chenille écrasée un peu plus loin. Il suivit la piste. L’ouïe se joignit bientôt à la vue pour l’aider. Il percevait maintenant des bruits de pas foulant vivement la terre clairsemée de brindilles. Le gobacyd fonçait droit devant lui, sans se soucier de rameuter tous les habitants de la forêt.

   Maintenant qu’il avait repéré sa proie, Yggmesh accéléra le pas. En quelques enjambées puissantes, il se lança à sa suite. Il repéra la dernière créature, râblée et bedonnante, qui avait jeté ses armes pour courir plus vite en s’aidant de ses mains tel un grand singe. Pour gagner du temps et épargner son souffle, Yggmesh rengaina son épée et extirpa un poignard de son baudrier. Il le lança sans ralentir. La lame fendit l’air en sifflant. Elle se planta en vrombissant entre les omoplates de la bête. Sous le choc, le gabacyd bondit, trébucha et roula dans l’humus.

   Le guerrier récupéra ensuite son arme sur son cadavre et en essuya la lame ensanglantée sur la vieille peau de bête habillant la dépouille.    Puis il s’en servit pour couper le collier de crocs que le monstre portait autour du cou. Chacun de ces monstres en arborait un avec fierté, hérité de ses ancêtres ou créer de au fil des ans en récupérant les dents sur ce qu’ils parvenaient à abattre. Il recula ensuite de quelque pas et ferma les yeux, se laissant du temps pour faire venir à lui la magie. Il prononça alors la formule si souvent utilisée. Un déclic bien significatif se fit entendre et le cadavre s’enflamma. En quelques secondes, il ne resta rien d’autre du gobacyd que des cendres, évitant ainsi que sa charogne ne répande quelque maladie.

   Il rebroussa ensuite chemin et revint au camp des intrus afin d’agir de même sur chacun des cinq autres corps. Les colliers collectés lui permettraient de prouver ses exploits auprès du représentant local de la loi : le Klàray, qui seul avait autorité pour le payer.

   Une fois cette peu ragoûtante besogne terminée, il retrouva son cheval là où il l’avait laissé ; comme à son habitude, la bête broutait l’herbe devenue rare autour de lui et les derniers bourgeons encore tendres. Il avait tant tiré sur sa longe que le jeune arbre penchait désormais, plus tendu qu’un arc bandé ! Yggmesh dénoua la longue lanière de cuir et se hissa en selle d’un mouvement souple. Sans hâte, il reprit la route du village. Il y arriva peu avant l’aube, fourbu et soulagé. Il en avait fini avec cette mission sans intérêt et allait pourvoir quitter la région. Il remonta la rue principale, la seule en fait, bordée de bâtisses de plain-pied en bois et torchis, jusqu’à l’une des plus petites. La seule à offrir sur sa devanture des anneaux scellés pour retenir les chevaux des visiteurs, la seule en réalité à avoir jamais reçu la moindre visite depuis la fondation du village. Il descendit en souplesse malgré la fatigue et noua à la va-vite les rênes avant de franchir l’unique porte branlante qui manqua de lui rester entre les mains lorsqu’il l’ouvrit avec un peu trop de vigueur. Il pénétra dans une salle étroite encombrée d’un bureau, de deux tabourets bancals et d’un râtelier surchargé de lances plus ou moins rouillées. À mi-chemin du fond, une cloison de barreaux entrecroisés formait un simulacre de cellule avec une planche fixée au mur comme grabat. Pour peu confortable que fut la couche, cela n’empêchait pas le Klàray d’y dormir du sommeil du juste au lieu de veiller à la paix de son domaine.

   Peu désireux de passer plus de temps que nécessaire dans ce bouge, Yggmesh tapa violemment sur la table qui protesta.

   — Hein, heu, qu’est-ce qui se passe ?

   Le vieil homme à l’air ahuri clignait des yeux tel un hibou surpris par la lumière, à moitié relevé mais visiblement pas prêt à achever le mouvement s’il y avait moyen de se recoucher.

   — Vous vous souvenez de moi ?

   Un silence gêné s’installa un temps trop long puis :

   — Vous êtes le Traqueur.

   — Oui.

   Yggmesh jeta les colliers de ses victimes sur la table au plateau désormais fendu.

   — J’ai rempli ma mission. Payez-moi, que je puisse partir car un autre travail m’attend.

   Il s’avançait un peu, cependant il ne doutait pas qu’une nouvelle mission ne tarderait pas à se présenter. Les Traqueurs, de par leur nom, traquaient les monstres infestant les territoires humains dans le but de les tuer, parfois de les capturer mais cela restait du domaine de l’exceptionnel. Ils ne manquaient donc jamais de travail, si on considérait la faible densité de la population humaine dans ces régions envahies par toutes sortes de créatures plus ou moins évoluées, n’ayant qu’un seul point commun : manger toute chair disponible. Or la chair humaine étant l’une des plus aisées à se procurer, aussi fallait-il impérativement et sans relâche les combattre. Les villages et hameaux ne possédant pas forcément de guerriers dans leurs rangs, ils se tournaient vers leurs Seigneurs et ses gens d’armes ou, lorsque ceux-ci n’étaient pas disponibles ou compétents, vers les Traqueurs. Leur Ordre se faisait rémunérer pour venir en aide aux humains isolés et sans défense face aux plus terribles créatures.

   Si, dans leurs rangs, il existait des nobles fortunés qui remplissaient ces fonctions sur leurs deniers personnels, la plupart avait besoin de ces rémunérations pour se nourrir et entretenir leurs armes. Et pour ceux-là, la première règle d’or à respecter consistait à récupérer leurs gains dans les plus brefs délais puis de quitter au plus vite une ville une fois l’argent empoché afin d’éviter les problèmes. Le plus souvent, une fois le danger passé, les villageois changeaient d’avis et tentaient de récupérer leurs biens. Certes, ils accueillaient ses semblables avec des vivats mais leur cupidité se réveillait quand ils voyaient leur argent si durement gagné disparaître dans la poche d’un étranger. Contrairement à ce qu’il espérait, plusieurs personnes avaient remarqué son arrivée et avaient aussitôt répandu la bonne nouvelle, aussi Yggmesh risquait-il de tenter les détrousseurs qui n’hésiteraient pas à venir le dépouiller jusque dans sa chambre d’auberge. S’il partait tout de suite, la nouvelle de son retour n’aurait peut-être pas le temps de se répandre et il voyagerait en paix.

   L’officier reprit peu à peu pied dans la réalité. Il se leva pesamment, l’air encore endormi, et rejoignit la table brisée. Il cligna de ses yeux gris et fatigués sur les colliers posés devant lui et en compta six. Il fit une grimace de dégoût. Nonobstant ses sentiments, il porta la main à sa bourse. Il y piocha douze pièces d’or qu’il posa une à une sur le bord de la table.

   Yggmesh les rafla d’un geste vif.

   — Merci.

   Sans un mot de plus, il se retourna et sortit en claquant fermement la porte. Il enfourcha son cheval et reprit sa route. Sans avoir l’air de fuir, il stimula sa monture pour qu’elle accélérât et laissât bientôt les dernières maisons loin derrière lui.

 

 

   Le chemin de terre s’enfonçait en serpentant dans la forêt. Les bruits matinaux s’élevaient dans les airs et seuls les sabots du cheval d’Yggmesh brisaient l’harmonie de la nature au réveil. Pourtant, à peine quelques dizaines de minutes plus tard, l’ouïe très fine du Traqueur capta de nouveaux sons. Comme il s’y attendait, certains villageois avaient l’outrecuidance de croire qu’il existait un moyen pour eux de récupérer leurs biens. Malgré leur nombre, ils avaient échoué à se débarrasser d’une demi-douzaine de gobacyds et, aujourd’hui, ils s’imaginaient en mesure de vaincre celui qui les avait chassé et éradiqué !

   Rodé par l’expérience, Yggmesh continua sa route, attendant la fin de l’après-midi pour leur tendre une embuscade. Le guerrier avait l’habitude des longues chevauchées et, malgré la nuit mouvementée qu’il avait vécue, il se sentait encore en forme… ses poursuivants ne pourraient certainement pas en dire autant après des heures de chevauchée.

   Sans changer la trajectoire de sa monture, ni ralentir sa course, Yggmesh profita de ce qu’il passait sous une branche basse pour la saisir et s’y hisser en souplesse et, surtout, en toute discrétion tandis que son cheval continuait sa route, en leurre parfait. Complètement immobile et camouflé dans le feuillage, le Traqueur patienta en silence. Passèrent alors sous lui trois hommes. Du haut de leurs chevaux de labour, les paysans jetaient des coups d’œil furtifs à droite et à gauche, brandissant une vulgaire épée ébréchées, une fourche et des hachettes pour fendre le bois. Des hommes qui n’avaient jamais connu la rudesse d’un combat, à n’en point douter.

   Quelle inconscience pour des paysans de se croire capable d’affronter un combattant entraîné !

   À l’instant même où ces hommes se trouvèrent sous lui, Yggmesh se laissa lourdement tomber sur eux. Par son simple poids, il en assomma un qui glissa à terre. Il prit aussitôt sa place sur la méchante selle usée. Menant l’animal d’une main experte, il le dirigea vers le second cheval et, le heurtant brusquement, désarçonna son propriétaire qui tenta de se relever dès qu’il toucha le sol mais un coup de sabot perdu le frappa en plein ventre et lui fit perdre connaissance. Le dernier détrousseur semblait plus tenace mais ridiculement inapte à maîtriser l’arme qu’il tenait en main. Ses mouvements maladroits s’avéreraient, à la longue, plus mortels pour lui que pour l’homme aguerri qu’il prétendait affronter. Alors avant qu’il ne se tuât, Yggmesh le frappa au visage. Pas trop fort. Juste de quoi l’étourdir assez pour qu’il ne revienne plus à la charge.

   Le guerrier descendit de la monture et vérifia l’état des villageois. L’un d’eux présentait des marques violacées sur une bonne partie du corps. Le second avait déjà une belle bosse sur la tête. Quant au dernier, les entailles qu’il s’était lui-même infligées risquaient bien de s’infecter mais le Traqueur n’allait perdre davantage de temps pour le soigner, les pansements et onguents coûtaient chers.

   Blessés, mais vivants.

   Et cela seul importait car l’Ordre ne pardonnait pas le meurtre « d’innocents. » Quand bien même ceux-ci avaient-ils attenté à votre vie !

   Yggmesh se releva et délia ses muscles. Il examina rapidement les sous-bois afin de s’assurer qu’aucune menace ne s’y dissimulait plus puis constata que seuls deux chevaux broutaient les fougères non loin de là. Repérant des traces de sabots non ferrés sur le sol, il enfourcha l’une des montures et la força à prendre le galop pour rattraper le dernier animal qui avait fui le combat. La bête renâcla et protesta. Elle n’avait sans doute jamais dépassé le pas, en bonne bête de trait habituée à aider ses maîtres lors des labours et des moissons, mais monture et cavalier parvinrent tout de même à s’accorder et accélérer pour rattraper le dernier cheval qui se débattait entre trot et galop, roulant des yeux paniqués. Se penchant sur l’encolure, Yggmesh se saisit au vol de la longe et tira doucement tout en ralentissant sa course. Maintenant fermement la bride, Yggmesh opéra une large boucle, redirigeant les animaux vers les paysans toujours étendus en travers du chemin. Il mit pied à terre puis attacha les trois chevaux à un arbre. Il vérifia les sacoches pendues aux selles et y dénicha des cordes, certainement emportées dans le but de le maîtriser. Il les récupéra et s’empressa de ligoter les trois hommes, chacun à un arbre. Ensuite, il les dépouilla de tout ce qui pourrait leur servir à se libérer, afin de les convaincre qu’agresser un Traqueur était une très mauvaise idée.

   Satisfait, le guerrier se détourna de ses agresseurs et reprit la route tracée dans la forêt. Son destrier marchant au pas, il savait qu’il lui faudrait tout de même une bonne demi-heure de course pour le rejoindre. Avec un soupir las, il s’élança, ses pas foulant la terre tassée.

 



04/03/2015
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